La production phonographique : de l'enregistrement à l'édition phonographique

La production, c’est le fait de mettre en œuvre les actions qui concourent à fournir au marché commercial un bien : ici, la musique enregistrée. Quant au phonogramme, ce terme abscons concerne le support qui permet de diffuser la musique : un vinyle, une K7, un fichier numérique… Cette fiche présente donc les étapes successives de fabrication de la musique (ses métiers, ses savoir-faire), ainsi que les contrats du disque et les modes de rémunération qui y correspondent.

Première phase : l’enregistrement

Avant toute chose, il est bon de s’assurer que l’enregistrement de sons ou de textes dont on n’est pas l’auteur (un sample, une reprise), nécessite d’avoir l’autorisation (parfois payante) des ayants-droit. Il est recommandé de solliciter l’éditeur de la musique si on ne peut pas contacter directement l’auteur – la Sacem tient à disposition un répertoire des auteurs, compositeurs et éditeurs des œuvres de son catalogue. 

Clearer les droits (jargon désignant la formalité d’obtenir ces autorisations), c’est aussi s’assurer qu’en cas d’intérêt de la part d’un label, il n’y aura pas de frein légal à l’utilisation de cette production.

> Le maquettage

Le maquettage est l’enregistrement brut de la première version finie de l’œuvre.

Souvent réalisé modestement, à l’aide d’un enregistreur numérique, cet outil de travail permet d’évaluer le choix des arrangements, l’instrumentarium, la couleur musicale que prendra l’œuvre. C’est aussi le moment privilégié où parmi plusieurs titres, on choisit ceux qui paraitront sur l’œuvre.

> La pré-prod

L’étape d’après, la pré-prod, est l’affinage de la phase de répétition et maquettage.

On peaufine les arrangements, on travaille le son des instruments et des amplis, on fixe la structure des morceaux … On s’assure que la musique traduit bien l’intention artistique. 

Ces deux niveaux préparatoires assurent un temps optimisé en studio d’enregistrement, où chaque minute est couteuse et précieuse. 

Il est recommandé de solliciter une personne qualifiée, et non compatissante, aux compétences équivalentes à un·e directeur·rice artistique, pour offrir un regard extérieur professionnel critique, justement avant un passage en studio.

> L’enregistrement

On observe différentes méthodes d’enregistrement, en fonction des budgets mais aussi du rendu espéré, ou du temps qu’on peut y consacrer :

  • le home-studio, fait-maison comme son nom l’indique,

  • le live, ou comment profiter d’un concert pour réaliser une captation sonore,

  • l’enregistrement en studio professionnel, là encore déclinable soit en condition live (plusieurs interprètes jouent en même temps), soit par la traditionnelle méthode du piste à piste (un instrument après l’autre).

Il est donc intéressant de démarcher plusieurs studios en fonction des choix d’enregistrement.

> Le mixage

Le mixage est le fait d’harmoniser les pistes les unes avec les autres pour chaque titre enregistré.

Plus qu’un équilibrage technique, il participe de l’intention artistique globale de l’oeuvre, et à son inscription dans les codes sonores de l’esthétique musicale (dans les clichés : une voix mise en avant pour la chanson, des basses lourdes pour le métal …). À cette étape, il est astucieux de penser à archiver les pistes, sur un disque dur par exemple, pour une future sonorisation de la version live de l’oeuvre, qui nécessitera d’autres choix de mix.

> Le mastering

L’étape ultime de l’enregistrement est le mastering, ou le mystérieux art d’uniformiser les titres les uns avec les autres, pour un rendu global cohérent dans sa dynamique et son univers sonore.

Souvent négligées, les compétences nécessaires sont pourtant de plus en plus accessible, notamment grace à une faisabilité à distance qui ouvre les portes des studios de mastering du monde entier. Le mastering est donc une technique très spécifique, qui pourrait être comparée à l’étalonnage dans le cinéma, et qui donne naissance au master (bande mère en français). Il sera ensuite démultipliable à l’infini, quelque soit le support.

Deuxième phase : l'édition phonographique

Lorsqu’on évoque édition et disque dans la même phrase, on parle d’édition phonographique, c’est à dire tout le travail sur l’identité visuelle et la préparation des outils de mise en marché de la musique. 

À ne pas confondre avec l’édition musicale, ou graphique (voir fiche correspondante). Éditer, c’est reproduire et mettre en vente l’œuvre musicale par l’intermédiaire du master.

Il faut avoir en tête que la plupart du temps, le premier aspect que le public découvre d’une musique, c’est son visuel – contradictoire ! D’où l’importance d’un univers visuel capable de retranscrire la musique : à travers une pochette, instinctivement, le public doit pouvoir deviner le style musical, l’ambiance d’un album … Certains artistes (Bjork, les Ogres de Barback), sont reconnaissables par leurs pochettes avant même d’entendre la moindre note de musique. 

Durant cette phase, il est aussi intéressant de définir la stratégie de diffusion : quelle est sa singularité  de cette œuvre ? À qui elle s’adresse ? Comment atteindre ce public ? Où le conquérir ?

Être en mesure de répondre à ces questions permet ensuite de définir les supports physiques, les textes de présentation, les éléments graphiques numériques, les campagnes et outils promotionnels, etc. Bref, tous les outils à décliner pour faire découvrir sa musique au plus grand monde. 

Troisième phase : la distribution

La phase de distribution de la musique, soit comment diffuser les supports qui vont permettre aux auditeurs de l’écouter voire l’acheter, toute cette étape est à retrouver dans la fiche distribution.

Quelle est la phase la plus importante ?

Les trois doivent être considérées au même niveau : un enregistrement de grande qualité pour lequel la création de l’univers visuel ou la distribution auraient été bâclés ne rencontrera probablement pas le succès estimé. Il est donc conseillé de ne négliger aucune de ces phases, en y investissant de manière équitable son temps et son argent.

Comment trouver un label #1

Avant de se poser cette question, il faut se demander POURQUOI trouver un label ?

Le producteur phonographique, ou label, a pour objectif d’investir dans la production d’une musique et son support : financièrement, mais aussi en compétences, en espaces de travail, en moyens de communication … 

En fonction du contrat signé, le label peut s’engager de la simple distribution de la musique à toutes les étapes vues ci-dessus, parfois même dès la composition.

Un artiste signe donc pour associer ses compétences d’artiste à celles d’un producteur. Cela implique que chacun des signataires participent aux prises de décision (sous entendu, il faut accepter d’avoir un partenaire).

Si l’artiste peut gérer toutes les étapes de production et n’est pas apte à faire des concessions, pour un produit final plus en adéquation avec le marché dans lequel l’inscrit le label, il sera plus prudent de partir sur une production indépendante (couramment appelée autoproduction), ou l’on reste maitre de toutes les décisions – et par là-même responsable de la bonne réalisation.

Une signature, c’est donc la validation d’une relation de travail entre un artiste et une entreprise, dans l’intérêt de la production d’une musique.

> Les contrats du disque

Il existe 3 contrats du disque, qui suivent scrupuleusement les 3 phases de production :

  • Le contrat d’artiste : l’artiste et le label travaillent ensemble dès la phase de composition de la musique, et jusqu’à sa distribution. Il arrive régulièrement que la phase de distribution soit sous-traitée.

  • Le contrat de licence : une fois le master produit, l’artiste et le label s’engagent à gérer l’édition et la distribution de l’oeuvre.

  • Le contrat de distribution : l’artiste enregistre et prépare l’oeuvre à sa mise en marché, qui sera ensuite gérée par le distributeur.

Un contrat n’est pas mieux que l’autre. Cela dépend de la capacité (et l’envie) d’un artiste à s’impliquer sur toute la production de sa musique, ou à l’inverse à déléguer avec une entreprise dont c’est le métier.

Comment trouver un label #2

Démarcher un label est une opération qui nécessite patience et agilité. Il est par exemple recommandé d’identifier quelques labels en adéquation avec la musique proposée, pour ne pas se perdre dans ses recherches et les rendre plus efficaces.

Les labels, au-delà de la production, sont tels des marques ou des catalogues, et ont eux aussi une identité artistique et un public. Il faut repérer ceux qui ont un intérêt à diffuser tel style.

Pour séduire un label, au delà du coup de coeur artistique indispensable, il est recommandé de :

  • Communiquer de manière personnalisée, en trouvant les bons contacts, en relançant les correspondances par l’envoi d’actualités (un concert, la sélection sur un tremplin, un titre en avant-première…), sans pour autant inonder le correspondant de peur qu’il oublie.
  • Être créatif dans la manière de communiquer peut être un avantage pour ressortir, au milieu des innombrables sollicitations reçues.
  • Argumenter en quoi telle musique enrichirait le catalogue, par sa singularité.
  • Inspirer confiance en un avenir professionnel radieux entre le label et l’artiste.
  • Présenter en avant-première des productions audibles, qui laissent pour autant deviner une marge de progression si collaboration il y a.
  • Être patient·e : il se passe parfois des années, entre le premier contact et le jour de signature. Entre temps les deux parties se seront apprivoisés.

> Que raconte un contrat ?

C’est un accord écrit entre deux parties ou plus, les signataires, qui décrit tous les engagements respectifs et le contexte dans lequel la production devra être faite.

Le contrat précise généralement :

  • l’objet, c’est à dire l’intention pour laquelle les signataires décident de collaborer,

  • le temps imparti et les lieux de sa réalisation,

  • le vocabulaire employé, ces termes alambiqués hérités de l’histoire de l’industrie musicale,

  • les engagements de l’artiste et du producteur,

  • les niveaux d’exclusivité de travail entre l’artiste et le producteur,

  • les moyens financiers pour la réalisation de ces engagements, les avances d’argent,

  • les outils de communication (publicité, productions audiovisuelles …) pour accompagner la diffusion de l’oeuvre,

  • la répartition des droits voisins, des droits dérivés,

  • les redevances, soit la répartition des bénéfices générés par la production de l’oeuvre,

  • la sauvegarde des intérêts, ou comment se souvenir qu’au jour de la signature, les deux parties sont enthousiastes à travailler ensemble de manière respectueuse,

  • la résiliation, ou comment arrêter le partenariat s’il ne fonctionne pas.

Signer un contrat est une action engageante, parfois emprisonnante lorsque la relation ne se passe pas comme prévu. Il faut donc avant toute chose s’assurer auprès d’une personne neutre (personne ressource, conseillé juridique, avocat) que les termes du contrat sont négociés pour des enjeux respectifs équitables. 

Au delà de toutes ces données, il est bon de se rappeler pourquoi un jour, on décide d’enregistrer sa musique. Bien sûr, enregistrer c’est produire un objet pour générer des bénéfices et plus loin, vivre de sa musique. C’est de moins en moins le cas puisqu’aujourd’hui, avec le remodelage de la consommation musicale, on enregistre surtout pour satisfaire l’oreille attentive des fans, et avoir un outil sonore de démarchage, telle une carte de visite. Mais produire un phonogramme, c’est avant tout fixer sa création dans le temps, la rendre partageable, l’immortaliser, créer du beau, vivre une aventure humaine, être fier de soi …

Fiche rédigée par Clotilde Bernier (MAJ 01/03/2021)

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